Le référentiel bouge en octobre : ce que ça fera à nos chiffres
ROME 4.0 est actualisé deux fois par an, prochaine version en octobre. Comment distinguer un métier qui change d'une méthode qui change.
Publié le · La rédaction
Notre indice ne bouge pas avec le monde. Il bouge quand le référentiel change, quand notre grille change, ou quand nous tranchons des savoir-faire jusqu’ici laissés en attente. Ces trois causes n’ont pas du tout le même sens — et les confondre serait la faute la plus grave qu’un observatoire puisse commettre.
France Travail actualise ROME 4.0 au moins deux fois par an. La prochaine version est annoncée pour octobre 2026. C’est l’occasion d’expliquer comment nous nous y préparons.
L’état du référentiel aujourd’hui
Au moment où nous écrivons, la version en ligne date de juin 2026 et contient :
- 1 911 fiches métiers
- 14 301 appellations d’emploi
- 21 320 savoir-faire et 17 319 savoirs
- 2 269 compétences socio-comportementales
Nous avons extrait l’intégralité de ces fiches par l’API. Nos comptages tombent exactement sur les mêmes chiffres pour les fiches et les appellations, ce qui est déjà une vérification utile.
Une précision s’impose sur les savoir-faire, parce que les chiffres semblent diverger. Nous en comptons 40 699 ; le référentiel en annonce 21 320. Il n’y a pas de contradiction : nous comptons les occurrences — un même savoir-faire rattaché à quatre métiers compte quatre fois, parce qu’il faut le classer dans chacun. En savoir-faire distincts, nous en dénombrons 13 694 effectivement rattachés à au moins une fiche. L’écart avec le catalogue tient à ce que tous les savoir-faire catalogués ne sont pas mobilisés par une fiche publiée.
Nous préférons expliquer cet écart que de choisir le chiffre qui nous arrange.
Trois causes de mouvement, trois lectures
Quand l’indice d’un métier change entre deux millésimes, il y a exactement trois explications possibles.
France Travail a réécrit la fiche. De nouveaux savoir-faire, des libellés reformulés, un métier scindé ou fusionné. C’est un changement de la réalité décrite — ou au moins de sa description officielle. C’est intéressant, et c’est ce qu’un baromètre doit rapporter.
Nous avons modifié notre grille. Une règle trop large resserrée, un mot ajouté au lexique. L’indice bouge sans que rien n’ait changé du métier. Publier ce mouvement comme une évolution du marché du travail serait une falsification.
Nous avons tranché des savoir-faire en attente. La base de calcul s’élargit, l’indice se déplace mécaniquement. Ni le métier ni la méthode n’ont changé : notre couverture s’est améliorée.
Comment nous les distinguons
Un observatoire qui publierait « l’indice du comptable est passé de 60 à 62 » sans dire laquelle de ces trois causes s’applique ne mesurerait rien. Nous avons donc construit l’outillage avant d’en avoir l’usage.
À chaque exécution, le pipeline archive le millésime : pour chaque fiche publiée, son indice, sa répartition, son palier — et l’empreinte cryptographique de la fiche ROME telle qu’elle a été extraite. Au niveau du millésime, l’archive porte en plus le numéro de version de notre grille et l’empreinte de son fichier source.
Un écart entre deux millésimes se lit alors sans ambiguïté :
| Empreinte de la fiche | Version de la grille | Cause |
|---|---|---|
| modifiée | inchangée | France Travail a réécrit la fiche |
| inchangée | modifiée | nous avons changé de méthode |
| inchangée | inchangée | la file de relecture a été traitée |
Ce n’est pas de la coquetterie technique. C’est ce qui autorise à publier un baromètre sans mentir.
Pourquoi trimestriel, et pas mensuel
Nous avions envisagé une publication mensuelle. Nous y avons renoncé pour une raison simple : il n’y aurait rien à dire la plupart des mois. Le référentiel bouge deux fois par an, notre grille ne bouge que quand nous la corrigeons.
Un baromètre mensuel se retrouverait devant deux mauvaises options — publier une page vide, ou présenter comme une nouvelle un mouvement que nous avons nous-mêmes provoqué. Nous publierons donc trimestriellement, et seulement s’il y a matière : un seuil de déclenchement, pas une date fixe.
Le millésime d’août 2026 est le premier archivé. Il n’y a donc rien à comparer encore : le premier baromètre ne pourra sortir qu’après le prochain millésime. Nous l’écrivons plutôt que de fabriquer une comparaison.
Ce que nous attendons d’octobre
Deux effets probables, que nous n’anticiperons pas dans nos chiffres avant de les avoir constatés.
Le référentiel s’enrichit de fiches liées à des métiers émergents. Notre sélection de 212 métiers, construite sur un critère de couverture équilibrée des 14 grands domaines, se recomposera donc en partie.
Certains libellés seront reformulés. Ceux qui gagnent en précision sortiront peut-être de notre file de relecture — ce serait la meilleure façon de faire baisser notre taux de non-tranché, actuellement à 20,6 %. Ceux qui restent elliptiques y resteront.
Dans les deux cas, nous dirons ce qui a bougé et pourquoi. C’est tout l’objet de l’archive.